Semaine sainte à Alicante

      Pénitence.

       

      Le Christ est mort, pour le peuple. Pénitence donc…

      Il est bientôt dix-huit heures au barrio Santa Cruz. Sa confrérie s’extrait pour un jour de son église. Les pasos : trône des icônes, déjà sur la place, attendent les bras et les épaules qui les porteront. Les pénitents arrivent un par un, déjà encapuchonnés, cagoule à la main, calmes, conscients de leur sainte mission. Ils se regroupent, se retrouvent. La foule, autour de l’église, encore insensible au spectacle, bavarde. Attente…

      Enfin, les notables arrivent, ils prennent la tête, et la procession démarre. Un silence attentif enveloppe immédiatement la foule. La religiosité se répand sur les fidèles, en même temps que nous parviennent les effluves d’encens, et l’odeur des cierges se consumant. Les tambours emboîtent le pas aux officiels, et font gronder leur instrument d’un rythme lent de contrition. Un premier groupe de pénitents part en psalmodiant les prières. Puis, au moment où le chef de groupe tape dessus, à l’aide d’un marteau, trente efforts chargent un paso d’un même élan. Second signal et le groupe démarre, en cadence. Les femmes suivent, vêtues du costume traditionnel : robe noire, chapelet et mantille.

      Au fur et à mesure, que la procession se rapproche d’elle, la foule se fige d’un mutisme respectueux. La musique arrive à sa hauteur, et les réactions s’y contrastent ; elle se disloque peu à peu devant ces œuvres de dévotion. L’acte de foi pénètre certains pèlerins. Ils commencent à prier. Ce qui n’était pas qu’un honorable tableau mystique, devient pour des centaines de croyants une ensorcelante communion. La plupart des enfants sont paralysés d’une incompréhensible angoisse. Déjà. Les touristes et les citadins curieux observent en silence. S’ils s’ennuient, ils ne le montrent pas et restent humblement sur place. La musique, les prières, les lourds objets de culte portés à bout de bras, les costumes d’un autre âge, contribuent à cette sensation naissante de repentance. L’Espagne, si moderne, se revêt d’un manteau de crucifixion ; ses vieux flirts catholiques réapparaissent.

      Le cortège attaque une des rues en pente. Les pénitents arrivent à hauteur d’une placette. Signal du chef de groupe, l’équipage s’arrête. Une voix surgit d’un haut-parleur. Un chanteur encense le courage du Christ et de ses sujets, du haut d’un balcon, d’un flamenco sanglotant : les saetas. Les porteurs se balancent, malgré leur absence, au rythme des tambours. La chanson prend fin et la procession redémarre. La nuit est tombée depuis bien longtemps, quand les pasos de Jésus et Marie entament une danse d’adieu sur la Rambla. Les pénitents les plus résistants retournent alors en courant jusqu’à l’église, toujours chargés de cette croix collective.

      Le final me réserve une surprise. En une dernière communion symbolisant la cène, les fidèles se partagent les œillets qui habillaient les pasos. Il est deux heures du matin, la place se vide.

      Les jours suivants les autres quartiers procéderont à leur procession, retraçant les scènes de cette semaine sainte. Rameaux, cierges, croix, pénitents en toile de jute, en satin ou en velours, les confréries se succéderont, ainsi, le temps des festivités.

      Gauthier Andujar

      Fabien Ferrer

      Fabien Ferrer